Le 11 août, la pige téléphonique meurt : ce qui change vraiment

Le 11 août 2026, décrocher son téléphone pour appeler un particulier qui n'a rien demandé deviendra une infraction. Pour des milliers de mandataires immobiliers, c'est la fin d'un réflexe quotidien : la pige. Voici ce que dit exactement la loi, ce qu'elle interdit, ce qu'elle laisse intact, et ce que le terrain en pense déjà.

CE QUE DIT LA LOI

La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 renverse la logique du démarchage téléphonique. Jusqu'ici, un particulier devait s'inscrire sur Bloctel pour ne pas être appelé. À partir du 11 août 2026, c'est l'inverse : il sera interdit d'appeler un particulier à des fins commerciales sans son consentement préalable. Pas de consentement, pas d'appel. Le silence ne vaut plus accord.

Les sanctions ne sont pas symboliques : jusqu'à 75 000 € d'amende pour une personne physique, 375 000 € pour une personne morale. Pour un mandataire qui exerce en entreprise individuelle, c'est son propre patrimoine professionnel qui est exposé.

LE POINT QUE BEAUCOUP IGNORENT

Une idée reçue circule largement : « s'il a mis son numéro sur son annonce, c'est qu'il accepte d'être appelé ». C'est faux. La publication d'une annonce entre particuliers avec un numéro de téléphone ne vaut pas consentement au démarchage. Ce numéro est là pour les acheteurs, pas pour les professionnels qui voudraient rentrer le mandat. Appeler un vendeur repéré sur un portail d'annonces relèvera donc, dès le 11 août, du démarchage interdit. C'est précisément la définition de la pige, et c'est précisément ce qui disparaît.

CE QUI RESTE LÉGAL

La loi vise l'appel sortant non sollicité, pas la prospection en général. Restent parfaitement autorisés :

- le courrier et le dépôt en boîte aux lettres, nominatif ou non ; - le porte-à-porte, tant qu'on respecte un éventuel refus ; - l'appel entrant : un propriétaire qui vous appelle, ou qui laisse ses coordonnées en demandant à être recontacté, a donné son consentement ; - les réseaux sociaux et la visibilité locale, qui font venir le contact à vous ; - la réponse écrite à une annonce, dès lors qu'elle n'est pas un appel téléphonique, avec la prudence qui s'impose sur les relances insistantes ; - et bien sûr votre réseau, vos anciens clients, vos prescripteurs.

SUR LE TERRAIN : DEUX MONDES

Parmi la centaine de mandataires que nous avons interrogés ces dernières semaines, la prospection ressort massivement comme la tâche la plus lourde du métier, et la pige y occupe une place très inégale. Certains en ont fait un pilier : des créneaux hebdomadaires dédiés, l'annonce de particulier comme point d'entrée principal vers le rendez-vous d'estimation. Pour eux, le 11 août est une petite révolution, et plusieurs l'anticipent déjà : « la pige sera bientôt interdite, alors je fais plus de terrain », résume l'une des conseillères interrogées.

D'autres ont basculé depuis longtemps, ou n'ont jamais vraiment pigé. Ceux-là misent sur le courrier travaillé, le porte-à-porte, la présence locale, et surtout la recommandation, que beaucoup décrivent comme leur première source de mandats une fois l'activité installée. Pour eux, la loi ne change presque rien : elle valide un choix déjà fait.

Entre les deux, une génération de mandataires en lancement d'activité, pour qui la pige était le canal le plus accessible : pas de réseau encore, pas d'anciens clients, mais un téléphone et des annonces. C'est pour eux que la marche sera la plus haute.

LA VRAIE QUESTION

Le 11 août ne supprime pas le besoin qui faisait exister la pige : savoir qu'un propriétaire vend, et le joindre avant les autres. Il supprime seulement le raccourci. La question n'est donc plus « comment appeler », mais « comment être là avant les autres » : par le courrier, par la porte, par la visibilité, par le réseau. Ceux qui auront construit cette présence avant le 11 août aborderont la rentrée avec une longueur d'avance.


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